Un jour de printemps

Publié le 30 Mai 2016

Une nouvelle petite histoire, celle-ci est gentillette et c'est aussi une excuse pour un nouveau roman qui se met en place doucement.

Yanic Dubourg

Un jour de printemps

Le jour vient de se lever et Nargeth se dirige vers l’Ouest rejoindre Migeth, juste après le village des hommes. Nargeth adore ces matins brumeux où il peut jouer avec le brouillard. La nature se réveille doucement en même temps que le printemps s’installe avec exubérance et à ce moment de la journée, il ne rencontrera personne. Tout en restant sur ses gardes, Nargeth sort de la brume et se dirige vers le chemin que tracent les humains sur le sol pour les mener d’un endroit à un autre, ne voulant pas traverser le village des hommes, Nargeth survole les champs de jeunes pousses de blé et d’orge. Un peu avant le chemin se trouve un bosquet de quelques arbres, le bosquet des contrebandiers comme tout le monde le nomme, où parfois il venait retrouver ses amis pour jouer ensemble quand il était plus jeune et quelques fois Migeth pour se voir en cachette. Aujourd’hui l’heure n’est pas aux jeux ni à autre chose, le message qu’il avait reçu ce matin de Migeth ne l’entrevoyait guère. Il se presse. Après le bosquet il suivra le chemin des hommes en prenant à gauche menant à leur village et ensuite, bien avant de rentrer dans le village, il prendra légèrement à droite pour rejoindre le bois du druide où vit Migeth. A peine arrive t-il au bosquet que surgit Gorth accompagné de Kardoth et Harith deux hurluberlus à la solde de Gorth. Gorth le saisit et l’entraine jusqu’au sol en le maintenant fermement.

En ce matin de dimanche printanier, Patrick revient chez lui par la route qui passe par le haut du village. Il prend son temps à contempler le paysage. Cette route à l’avantage de dominer un large panorama sur une partie des plaines du canton avec des paysages d’une beauté incomparable ; pour une campagne Picarde. Aujourd’hui Patrick a de la chance, la vallée est inondée d’une épaisse et belle brume matinale lui conférant cette atmosphère si particulière des mangas animés, ne laissant paraître que quelques cimes d’arbres et que quelques faites de toitures d’où s’échappent de certaine cheminée, des volutes de fumée. Cauvilloy, son village, est en partie submergé par cette brume épaisse le scindant par son milieu ; ceux du bas et ceux du haut. Cette particularité météorologique éphémère qui n’a lieu généralement qu’au printemps et en automne, joue sur le caractère des gens ainsi que sur la vie politique en ayant un impact évident sur leur manière de vivre. Droite et gauche, haut et bas, le nord et le sud. Dans le village il y a les gens d’en haut et les gens d’en bas et au milieu se situaient les indécis, ceux qui ne savent pas trop où se mettre et surtout quelques uns qui s’en contrebalancent royalement. Une sorte de no man’s land. Tandis que les gens se trouvant de chaque côté, en haut ou en bas, n’avaient guère le choix de se trouver dans le camp où ils se situaient, ceux du milieu font ce qu’ils veulent, tirant souvent à leurs avantages les intérêts du parti qui leur convenait. Le village est aussi coupé en son milieu par une route qui descend, ou qui monte, tout dépend de quel côté on arrive, découpant encore un peu plus la géographie diplomatique des habitants, mais là ça commence à être un peu compliqué. Patrick ne prête guère d’attention ni d’intérêt pour ce genre de conflit, en vivant à l’écart dans le haut du village.

Patrick, un homme bourru avec un cœur gros comme ça.

Ce matin de printemps là, Patrick roule doucement à contempler le paysage, perdu dans ses pensées et aperçoit dans un champ non loin de la route, trois corbeaux regroupés autours d’un petit animal qui, à première vu, ne se laisse pas faire étant donné les ruades qu’effectuent les trois volatiles. Patrick s’arrête un instant pour regarder le manège du trio et s’aperçoit qu’en fait de petit animal, il s’agit d’un quatrième corbeau qui, apparemment prend une sacrée dérouillée. Intrigué par ce manège, Patrick descend de sa voiture, une super cinq qui à une époque devait être blanche ou quelque chose comme ça et à laquelle il a ôté les sièges arrière pour pouvoir fourrer tout un tas de trucs, et s’approche du quatuor pour voir ce qui se trame de plus près. Un corbeau du trio tient fermement d’une patte un autre corbeau sur le dos, et avec son autre patte en appui sur l’arrière tout en écartant les ailes pour se maintenir en équilibre pour pouvoir mettre des coups de bec cinglants sur le corbeau dominé. Les deux autres corbeaux regardent en croassant à chaque coup de bec. Le corbeau agressé ne se laisse pas faire pour autant en ripostant du mieux qu’il peut, étant donné la situation, c’était voué à l’échec et ce n’est qu’une question de minutes avant que les trois autres ne lui fassent la peau. Patrick se précipite sur le quatuor en dispersant le trio. Patrick n’aime pas du tout ce genre de conflit même entre humains, surtout entre humains, et c’est pour ça qu’il ne prend jamais part au débat quel qui soit. Déjà au collège il évitait les bagarres et malgré son âge, Patrick était déjà taillé comme une armoire à glace et à chaque récré, il y avait presque toujours un imbécile pour lui chercher des noises et le provoquer, ce genre d’imbécile qui se prend pour le coq de la basse cour, qui veut et qui tient à rester le dominant sur son territoire. Il y eu beaucoup de prétendant au trône et tous se sont retrouvés à l’infirmerie, pour les plus chanceux. Patrick n’était pas un meneur d’hommes et ne l’est toujours pas. Durant ses années de collège, les pions n’ont jamais puni Patrick, parce qu’ils savaient que tant qu’il serait là, jamais il n’y aurait de débordement dans le collège et le collège n’a jamais été aussi tranquille pendant ces quatre années ou Patrick a étudié. Patrick ne supportait pas l’intolérance surtout quand un gosse se faisait maltraiter par trois ou quatre autres gamins, il se sentait obligé d’intervenir, même lors de son année de 6ème, il lui est arrivé à mainte reprise de venir en aide à des gamins plus âgés que lui et de dérouiller les autres, certains même ce trouvant en 3ème. Voyant le corbeau dans cette situation, lui rappelle quelques mauvais souvenirs de son enfance quand il fallait jouer des poings, et même après d’ailleurs. Patrick se précipite sur les oiseaux en poussant de grands cris et en faisant de grands moulinets avec ses bras. Les trois corbeaux reculent en sautillant, stupéfaits de voir surgir un humain les empêchant de finir leur tache. Malgré tout le corbeau dominant, même s’il a lâché sa victime, certainement surpris qu’un humain vienne en aide à un corbeau, n’a pas l’intention de capituler si facilement et se rue sur Patrick accompagné de ses deux disciples, avec la ferme intention de faire fuir l’humain et récupérer sa victime.

Patrick vit à la campagne depuis qu’il est né. Il est né dans ce bout de Picardie à Cauvilloy dans l’Oise, dans son village qu’il n’a jamais quitté. Il en connait chaque recoin, chaque caillou, chaque point d’eau et en connait un peu sur ceux qui y vivent et sur les animaux de cette région, dont les corbeaux. Animaux intelligents et aussi de mauvais augure, Patrick aime particulièrement les contes et légendes qui tournent autours de ce volatile. Le corbeau à été messager dans certaines mythologies nordiques en étant l’emblème de Ragnar Lodbrok ou cette allégorie qui veut que pendant l’hiver, quand plusieurs corbeaux se réunissent et forment un cercle, cela veut dire qu’il va neiger, ou quand un corbeau se pose sur le toit d’une maison un certain temps en n’arrêtant pas de croasser, quelqu’un va trouver la mort dans cette maison. Qu’il est capable de faire la pluie et le beau temps en présageant un temps chaud s’il fait face à un soleil voilé, tandis que s’il se lisse le plumage, la pluie arrivera ; conte de grand-mère ? Rien n’est moins sûr et beaucoup de petit vieux continuent d’interpréter la nature de cette façon. Il sait que les corbeaux sont intelligents et aussi des bestioles malfaisantes auprès des hommes et aux dires de certaine personne promptes à raconter n’importe quelles facéties, pour reporter leur malheur en dénonçant un coupable sur quelque chose ou quelqu’un. C’est d’autant plus facile sur un animal de mauvais augure tel que le corbeau. C’est peut-être pour cette raison que les corbeaux ont développé une forme d’intelligence, à force de s’en prendre plein la gueule depuis des siècles.

Patrick kidnappe le corbeau en mauvaise posture en essayant d’éviter les coups de bec des trois assaillants, surtout en se protégeant les yeux, cible privilégiée des trois compères –et de tout bon corbeau qui se respecte– en ce précipitant vers sa voiture le dos courbé pour protéger au mieux la victime des trois volatiles. Le tout en donnant des baffes à l’aveuglette en essayant de repousser tant bien que mal le trio, abusé de voir leur cible prendre la poudre d’escampette de cette manière. Patrick n’est pas chasseur, malgré tout il a toujours une carabine avec lui, dans sa voiture ou à porté de mains, au cas ou…Patrick ouvre la portière côté conducteur et plonge sa main derrière les sièges avant de sa vieille super cinq pour mettre en joue les trois corbeaux de son fusil. Il n’a pas besoin de tirer, à la vue du fusil le trio cesse toute agression envers l’homme et leur proie, parce qu’ils sont suffisamment intelligents pour savoir à quoi ils ont à faire. Les trois compères restent un petit moment aux abords de la voiture en espérant que l’homme baisse sa garde, puis s’en vont. Avant de partir, le meneur s’approche de Patrick et vient croasser son mécontentement presque à toucher le canon du fusil, comme un ultime défi. Patrick pousse un soupir de soulagement en regardant les trois corbeaux s’envoler faisant des cercles en croassant dans l’espoir, peut-être, de pouvoir récupérer leur victime. Ils s’éloignent au bout d’un instant et Patrick reprend la route.

Patrick dépose le corbeau sur la table de sa cuisine, et cherche où il a bien pu ranger le panier du chat, panier qui n’a servi que quelques rares fois quand le chat été petit. Maintenant le chat est vieux et il est plus souvent couché sur le canapé avec le chien, vieux aussi. Tous les deux sont chacun à une extrémité et il n’est pas exceptionnel de les voir tous les deux, l’un contre l’autre certains soirs d’hiver pour ce tenir chaud. Patrick retrouve le panier remisé dans un coin du sellier sous plusieurs trucs et d’autres choses dont il ne se serre plus, se disant pour la énième fois, qu’il faudrait bien qu’il fasse du tri dans tout ce bordel. Il dépose au fond du panier un torchon, après avoir préalablement tapé le panier sur sa cuisse pour faire tomber la poussière, pour que ce soit plus confortable et commence par ausculter la bestiole qui a sacrément morflé ; plusieurs plaies, peu profondes et quelques plumes manquantes sur plusieurs parties du corps. Patrick nettoie les plaies à la Bétadine ainsi que la peau à vif où manquent les plumes. Le corbeau ne dit rien et se laisse faire, sauf quand Patrick lui fait mal en le manipulant, alors il manifeste sa douleur en becquetant les doigts de Patrick sans brutalité. Patrick lui déploie les ailes pour examiner si elles ne sont pas abimées ou pire brisées, puis il fait la même chose avec les pattes, vérifiant –tout du moins il essaie– si tout est en état de marche. Le chat et le chien, qui ont vu le remue ménage, ont observé de loin, enfin pas si loin que ça, du canapé. Quand Patrick eut fini, les deux compères viennent voir de plus près de quoi il en retourne. Le chien passe sous la table et pousse une chaise pour qu’il puisse avoir le loisir de monter dessus et s’approcher au plus près de cette drôle de bestiole que, lui et le chat, ont l’habitude de voir de loin et souvent, d’essayé d’attraper. Avant que le chien ne monte sur la chaise, le chat profite de se rehausseur improvisé pour grimper sur la table et venir lui aussi au plus près de se curieux volatile. Le chien monte à son tour sur la chaise pour s’assoir, preuve qu’il n’est pas encore trop vieux, en avachissant sa tête sur la table plutôt qu’il ne la pose afin de pouvoir renifler et observer la bestiole se trouvant à quelques centimètres de son museau. Le corbeau, trop faible pour se défendre, se laisse renifler, inspecter, examiner par ces deux animaux à quatre pattes qu’il a l’habitude de voir de loin et souvent de haut, et parfois, qu’il snobe dans différents jardins. Après avoir fait leur propre examen sur la bestiole qui trône dans le panier du chat et au milieu de la table de la cuisine, le chat se tourne en se caressant sur la tête du chien qui lui administre deux grands coups de langue et tous les deux s’en retournent sur le canapé pour une nouvelle sieste. Patrick qui connait son chien et son chat, regarde le manège des deux compères et à la manière dont ils ont réagi, sait qu’il ne retrouvera pas un tas de plume dans le panier si il doit s’absenter cinq minutes, peut-être même que ces deux compères le surveilleront pendant qu’il est ailleurs dans la maison.

  • Tu aurais pu remettre la chaise à sa place ! » dit-il quand le chien passe à sa hauteur.

Le chien marche tranquillement vers le canapé avec la langue qui pendouille sur le coin de sa gueule, marquant un temps d’arrête au niveau de Patrick, lève la tête, rentre sa langue dans son logis et redresse légèrement les oreilles avec un air de dire « T’as qu’à le faire toi-même » ou « Tu m’as bien regardé » ou encore « De quoi ! y a quelque chose à manger ? ».

Il est curieux comme tout le monde confère des propriétés intellectuelles à leurs animaux de compagnie et qu’ils sont capables de comprendre le langage des hommes, parce que comme chacun sait, « ils ne leurs manquent plus que la parole ».

Pour le moment il ne sait pas si la bestiole passera la journée et encore moins la nuit suivante. Il se dit qu’il a fait ce qu’il a pu et verra comment se déroulera le rétablissement du volatile en agissant en fonction. Á première vue le corbeau est jeune et il est possible qu’il se remette rapidement de ses blessures.

Patrick est satisfait de sa journée en ayant fait une bonne action en sauvant ce jeune corbeau. En attendant le bon rétablissement du corbeau, ou le trépas, Patrick vaque à ses occupations dominicales. Derrière chez lui, dans une parcelle jouxtant sa maison, se trouve son jardin avec lequel il pourrait nourrir une bonne partie du village, ou du moins ses voisins les plus proches. Il fait encore attention à ce qu’il sème et plante parce que les saints de glace ne sont pas encore passés. Il en profite pour préparer la terre afin d’accueillir les futurs semis qui lui garantiront de merveilleuses récoltes. Au alentour de treize heures il retourne chez lui pour se préparer à manger et venir aux nouvelles de son petit protégé. Pour l’instant le volatile dort d’un profond sommeil parce qu’il n’a pas ouvert l’œil quand il s’est approché. Dans l’après-midi, après la sieste, Patrick rend visite à Brigitte, comme presque tous les dimanche après-midi, ainsi que certains jours de la semaine. Chez elle il est sûr de trouver un bon café, un morceau de gâteau, une personne à qui parler et réciproquement, peut-être plus si elle est disposé. Parfois c’est Brigitte qui se rend chez lui pour faire un brin de ménage, la causette et plus, s’il est disposé. Tout deux vivent une relation étrange qui suscite bien des commérages et des ont dit dans tout le village ainsi qu’aux alentours. Ça fait plus de vingt ans qu’ils ont cette relation et aucun des deux ne s’en plaint, sauf le reste du village. Brigitte a perdu son mari Frédérique à presque trente ans, sans avoir eu la chance de pouponner et maintenant que la cinquantaine approche rapidement, Brigitte ne veut plus d’une relation stable, quoique celle avec Patrick l’est suffisamment comme ça, et ce qu’elle vit avec Patrick lui convient parfaitement et réciproquement. Patrick, quand à lui, est un vieux garçon comme les vieux du village disent et ils disent beaucoup de chose les vieux du village. Il n’a jamais eu l’occasion de fréquenter de jeune fille dans sa jeunesse ni après le service militaire. La vie, le travail à fait qu’il n’a jamais réussi à se poser avec une femme. Patrick a eu des relations avec plusieurs d’entres elles et aucune n’a réussi à le satisfaire au point de vouloir qu’elle s’installe avec lui. Á la mort du mari de Brigitte, Patrick a été le seul à venir la réconforter sans arrière pensée. Á peine le mari de Brigitte enterré, que des prétendants venaient sonner à sa porte et Patrick était là, faisant barrage pour que Brigitte puisse faire son deuil. Tous les deux ont su se trouver et même dans un avenir plus ou moins proche, cette situation n’est pas prête de changer.

Nargeth se réveille en sursaut, croyant sentir Migeth près de lui. Au beau jour elle a l’habitude de se frotter dans les branches de lavande, surtout s’ils sont en fleurs, afin de sentir bon toute la journée. Nargeth s’aperçois qu’il s’agit de son couchage improvisé qui sent la lavande. Son esprit est embrumé par la dérouillée qu’il a pris par ces traitres et il ne sait pas trop où il se trouve. En ouvrant les yeux, il se souvient qu’il est dans l’habitat d’un homme et que deux animaux de compagnie des hommes vivent avec lui. Il sait aussi qu’il n’a rien à craindre d’eux, parce qu’il y a longtemps qu’il aurait servi de repas, au moins pour le chat. Nargeth arrive à bouger, difficilement. Après plusieurs tentative il réussi à se mettre sur le ventre et quelques instant plus tard, à se dresser sur ses pattes, toutes flageolantes. Nargeth à soif, et faim aussi, se demandant depuis combien de temps il se trouve dans cette couche. En observant autour de lui, il tombe presque nez à nez avec la truffe du chien, qu’il n’avait pas vu. Nargeth manque de verser. Le chien émet une complainte propre aux chiens, une sorte de pleur attendrissant, qui attire l’homme près du chien.

  • Ah ça y est, t’es enfin sur pattes, tu dois commencer à avoir faim. »

L’homme s’approche de Nargeth avec une seringue remplie d’eau. Posant une main délicatement sur le dos du corbeau, il place son index et son pouce de chaque côté du bec du jeune corbeau pour l’obliger à l’entrouvrir. Nargeth n’a pas la force de se débattre et se laisse faire, pas très rassuré de se faire manipuler de la sorte. L’homme dépose sur le bord du bec, le bout de la seringue et déverse doucement le liquide dans le bec. Au contact de l’eau dans son gosier, il essaie d’avaler la seringue.

  • Doucement l’ami, ne va pas t’étouffer ! »

Cette sensation agréable de l’eau coulant dans son gosier et hydratant son corps, stimule Nargeth déployant ses ailes, difficilement, montrant ainsi à toute l’assistance, sa satisfaction. Après avoir bu tout le contenu de la seringue, l’homme revient vers le jeune corbeau avec un bol et une pince dont le contenu laisse suggérer à Nargeth un repas frugal. Avec la pince l’homme présente au jeune corbeau un petit escargot, qu’il s’empresse d’avaler puis un deuxième et un troisième. L’homme pose devant le jeune volatile le bol contenant des croquettes du chat et du chien, une pomme de terre coupée en dès et le reste d’une boite de pâtée pour chat. Le jeune volatile plonge son bec dans le bol avec la ferme intention de tout dévorer et avant de commencer sa collation il regarde tour à tour l’homme, le chien et le chat perché sur une commode regardant la scène de loin, et revient sur l’homme. Patrick reste consterné, croyant percevoir dans le comportement du jeune corbeau comme une révérence. Le chien parait satisfait et descend de son siège pour se diriger vers le canapé, suivi de près par le chat. Le corbeau reste à fixer l’homme encore un instant puis engloutit tout le contenu du bol. Patrick reste perplexe sur qu’il a cru voir en ce jeune corbeau et après un instant à se poser des questions, retourne vaquer à ses occupations.

Après plusieurs jours de rééducation que l’homme prodiguait au volatile, le jeune corbeau est de nouveau capable de voler. Pour le moment il ne s’agit simplement que de tourner autour de la table où d’aller jusqu’au canapé rejoindre ses deux compères à quatre pattes et parfois de se poser sur le bord de la fenêtre ouverte pour prendre le soleil. Quand il se sent assez fort, le jeune corbeau vole jusqu’au jardin pour se restaurer, à la plus grande joie de Patrick qui sait que le volatile le débarrasse d’une partie de la vermine. Nargeth ne se contente plus de voler dans la maison, maintenant il est capable de voler à l’extérieur, autour de la maison et de plus en plus loin. Patrick sait que se n’est plus qu’une question de temps avant que le jeune corbeau ne parte rejoindre les siens. Il aurait pu garder le volatile en cage pour qu’il lui serve d’animal de compagnie, lui apprendre des tours ou même lui apprendre à parler. Ce n’est pas dans ça nature, Patrick préfère voir évoluer les animaux en liberté, là où ils ont leur place. Il a assez à faire avec son vieux chien et son vieux chat qui ne quittent que très rarement le canapé, que pour aller à la gamelle ou se prélasser dehors au soleil. Et puis c’est arrivé, un jour qu’il revient de chez Brigitte, le corbeau n’est plus là. Il s’en est allé, parti rejoindre les siens. Patrick est conscient, même si le départ du jeune corbeau lui fait un pincement au cœur, qu’il a sauvé le volatile par simple compassion. Il a fait ce qu’il fallait.

Á la fin du printemps, Patrick jardine dans son potager et voit arriver un corbeau dans le pommier qui trône dans le coin du jardin, puis un deuxième et un troisième et d’autre encore. Le chien et le chat sont sortis à leurs tours de la maison pour voir le manège. Un corbeau passe près de lui et il est pratiquement certain qu’il sent la lavande. Un de ces volatiles s’approche de Patrick et reste à quelques mètres de lui à le contempler. Après un moment d’observation Nargeth saute sur l’épaule de l’homme, un peu surpris. Patrick reconnait le jeune volatile.

  • Et ben t’es revenu me voir ? »

Pour toute réponse Nargeth bécote de son bec, les lèvres de l’homme et tous les corbeaux aux alentours croassent d’enthousiasme.

Patrick ne saura jamais à quel point son geste a pu changer le cours des événements et encore moins la destinée de toute la communauté des corbeaux, en sauvant ce jeune volatile un matin de début de printemps. Ni quelle considération auront tous ces corbeaux à son égard. Mais ça c’est une autre histoire.

Rédigé par Yanic Dubourg

Publié dans #nouvelles

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