Profession, tueur à gage

Publié le 17 Octobre 2021

Profession, tueur à gage

     Gabin, assis à genoux sur le bord de la corniche, observe l’agitation sur le parvis de l’immeuble sur lequel il se trouve. Habituellement Gabin aurait quitté les lieux justes après avoir fait son travail et sans se précipiter, comme il a l’habitude de le faire. Apparemment la situation avait pris une tout autre tournure, surtout en voyant tout ce mouvement de foule converger vers les entrées du bâtiment dans lequel il se situe. Quelques personnes hurlent des ordres en pointant du doigt dans sa direction, à d’autres personnes, une quarantaine environs, courent vers les points d’accès de l’édifice. Gabin se pose des questions, comment était-il possible qu’il se fasse repérer, comment ont-ils su. Gabin avait préparé le terrain dans les moindres détails ; la hauteur des immeubles, la concentration de la population, il avait passé des jours et des jours à examiner le contexte dans lequel il allait travailler. Où avait-il pu merder ; quelqu’un l’avait-il balancé ? C’était la réponse la plus vraisemblable. Gabin reste pourtant d’un calme olympien à observer tout se remue ménage, qui quelque part, à quelque chose de comique.

 

Gabin se pose des questions. Qui avait pu le trahir ? Et pourquoi ?

 

Lui, qui fait ce travail par passion se met à avoir des doutes. Il ne prend des contrats uniquement sur des repris des justices, sur des malfrats qui passent entre les mailles du filet judiciaire ou se croyant au dessus des lois et ça peut être n’importe qui, du petit trafiquant de drogue au juge d’instruction véreux, en passant par des pédophiles, des violeurs en tout genre, des meurtriers…et la liste est longue. Lui était payé pour faire le ménage. Il sait se faire discret et la théorie de la balance reste la plus plausible. Sans savoir pourquoi, le souvenir de son premier contrat lui revint en mémoire, non rémunéré pour le coup puisque le commanditaire était lui même, ce ‘‘contrat’’ avait été d’éliminer un chien qui faisait régner la panique dans son quartier et même dans son village. Un chien tellement mauvais, tellement méchant, que même son propriétaire en avait la trouille, et mordait tout ce qui passait à porter de sa gueule et surtout de ses dents. Ce chien ne ressemblait à aucune des races référencée, un mélange de plusieurs croisements qui ont abouti à quelque chose d’ignoble, un monstre à quatre pattes hyper musclé bavant constamment et encore plus lorsqu’il aboyait et s’énervait. Quelques gamins du village, voulant démontrer leur bravoure, venaient taquiner le molosse à travers le grillage de la propriété et quelques uns en on eu pour leur frais et certain ont gagnaient quelques cicatrices prouvant ainsi leurs courages.

 

Gabin avait repéré, à l’écart du village, un champ de maïs fraichement coupé où ne restait plus que les tiges et les feuilles éparpillées à la façon d’un immense Micado géant et dans cet amoncellement désordonné, coulait un petit ruisseau ou plutôt un tout petit cour d’eau, formant une saignée entre les deux champs. Il n’y avait pas beaucoup d’eau dans ce petit ruisseau, sauf en cas de forte pluie. C’était devenu une tourbière, un marécage à cause du peu d’eau qui stagnait. Juste après avoir fauché le maïs, il s’était mis à pleuvoir plusieurs jours d’affilés, sans que l’agriculteur puisse ramasser les cannes de maïs et alors que Gabin errer dans la campagne, il vit un chevreuil pris au piège dans le petit ruisseau devenu invisible par l’enchevêtrement des tiges de maïs. L’animal s’enfonçait tout doucement à mesure qu’il essayait, en vint, de vouloir s’extirper de ce bourbier, tel des sables mouvants. Gabin ne se posa aucune question en venant en aide à l’animal pour le sortir d’une très mauvaise posture. Peu après le sauvetage du petit chevreuil, qui n’avait pas demandé son reste, Gabin suivit le petit cours d’eau en le sondant avec une longue branche de cerisier, tout en élaborant un plan pour se débarrasser du chien. Le lendemain le propriétaire du molosse faisait le tour du village à la recherche de son chien, l’appelant, le sifflant, demandant aux voisins s’ils ne l’avaient pas vu. Plus personne ne revit cette bête féroce ; pas même les restes.

 

Une vocation était née, débarrasser le monde des perturbateur. Gabin gambergeait à son orientation professionnelle.

 

Enfermé dans sa chambre, Gabin est très concentré sur son écran d’ordinateur à faire des recherches. Depuis qu’il a deux ans, Gabin a une passion pour le tir. Même si à cet âge il ne sait pas ce que c’est, Gabin tirait sur tout ce qui passait à sa porté avec un pistolet en plastique qu’il avait emprunté à son grand frère qui l’avait délaissé pour des jeux plus en adéquation à son âge. Le pistolet à encore ses six fléchettes avec embout à ventouse agrémenté d’une superbe étoile de sheriff. Les verres, les photos, les bouteilles, les fruits, les chaussures dans l’entrée, les bibelots tout y passaient, le front de papa, le dos de maman, même le chien, un dog de bordeaux bien plus gros que l’enfant, et le chat en ont fait les frais. Le chat avait compris, dés le premier tir dont il fut la cible, qu’il ne fallait pas rester à porter du petit homme qui tenait à peine sur ses jambes, tout du moins, quand il était affublé de cette arme factice. Quand au chien il restait placide à toutes les facéties du jeune garçon, tant qu’il restait raisonnable et sans violence. Les parents de Gabin pouvaient entendre de temps en temps le chien soupirer bruyamment et dans ces cas là, le gamin partait à quatre pattes se réfugié prés de sa mère.

 

Assis à son bureau, coincé d’un côté par une bibliothèque où trônaient quelques mangas, des livres sur différents pays et quelques figurines et de l’autre une armoire, Gabin scrute des pages et des pages sur des articles concernant ‘‘les tueurs à gages’’ en ne trouvant…rien, juste qu’on les appels aussi des sicaires. Il a bien trouvé quelques noms plus ou moins connus comme l’Américain Richard Kulinski, surnommé The Iceman qui menait l'existence apparente d'un père de famille lambda, organisant des barbecues avec ses amis, mais travaillait pour plusieurs familles mafieuses qui le sollicitaient régulièrement, ou le Canadien Gérald Gallant qui menait une double vie aussi et aurait œuvré pour plusieurs gangs pendant quinze ans ou encore Julio Balader, dit Julio le ténébreux, Gérard Montreuil, dit le Gone. Il se dit que soit le monde des tueurs à gages n’existent pas ou peu, ou alors qu’ils se font très discrets. Gabin reste songeur assis en arrière à regarder le plafond de sa chambre se disant que pour commencer à être un véritable tueur à gage, il fallait qu’il sache tirer et avoir quelques connaissances sur le maniement des armes à feu.

Gabin qui n’a alors que quatorze ans, s’inscrit dans un club de tir, sans avoir vraiment l’aval de ses parents, qui ne comprenaient pas cet engouement soudain pour les armes à feu, ils acceptèrent toute fois sous l’entêtement de leur fils. Gabin ne reste qu’un an dans ce club, malgré ses bons résultats, et se consacra ensuite au tir à l’arc dont il trouva sa vocation, arme d’une précision et d’une discrétion redoutable, mais d’une portée réduite. Gabin trouva en ce sport, une distraction, un apaisement, une façon aussi de se ressourcer. Gabin avait maintenant dix sept ans et était devenu un véritable tireur d’élite à force de ténacité, d’assiduité et d’entrainement, capable de tirer au fusil sur une cible à plusieurs centaines de mètre et faire mouche à tous les coups en plein mille. Il arrivait à combiner le lycée, son sport et aussi un petit bouleau et avec l’argent amassé, Gabin s’acheta un fusil d’occasion, sa toute première arme à feu, un Tikka T3x TacA livré avec sa lunette Athlon Cronus. Maintenant il fallait qu’il se trouve un nom de terrain, un truc qui claque, quelque chose qui marque les esprits et qui force le respect, comme Caligula, Attila, Shadow u encore mieux Léon.

 

Gabin se fait rapidement un nom dans le milieu des tueurs à gages, et pour cause, il est l’un des seuls dans le milieu, les contrats se succèdent en même temps que les cadavres s’amoncèlent. Gabin prend son travail pour un divertissement, un challenge. Chaque contrat est différent, les lieux sont différents, l’environnement est différent, ce qui ne change pas, c’est que ses contrats  restent des cibles, c’est la satisfaction d’avoir fait son travail et de l’avoir bien fait. A chaque fois que Gabin appuis sur la détente, il n’a le droit qu’à un seul essai, ou il rate, ou il fait mouche. L’attente que la cible vienne se profiler dans son viseur, la météo, la situation, la distance entre la cible et Gabin, tout ça n’est qu’une performance pour lui, comme un sportif de haut niveau.

 

Les gens ont investis l’immeuble et Gabin doit prendre une décision pour se sortir de ce merdier. Normalement il aurait du prendre les escaliers et sortir de l’immeuble comme tout le monde, par la porte. Gabin est obligé de s’accroupir derrière la corniche pour ne pas être lui-même la cible d’un éventuel snipper qui viendrait de se positionner dans l’immeuble dans face.

Gabin n’a plus que quelques minutes avant de se faire arrêter ou pire de se faire descendre. Tout en réfléchissant, Gabin démonte son arme et la range dans son étui.

Devant lui se trouve le skidôme par lequel il est monté sur le toit terrasse de l’immeuble et derrière s’érige des énormes VMC avec leurs tuyaux démesurer, aucune échappatoire possible par ce système de ventilation. Un peu plus loin s’érige un petit bâtiment, une sorte de cabane de chantier qui sert exclusivement à stoker du matériel et des outils pour l’entretient des différents équipements pouvant servir au confort des habitants de l’édifice, d’ailleurs, il y en a plusieurs sur le toit, tous du même modèle, mesurant plus ou moins cinq mètres carrés et servant plus ou moins à la même chose ; sauf dans un seul, il y découvrit une sorte de petit studio aménagé avec goût pour passer d’agréable moment et peut-être parfois en bonne compagnie. Il avait découvert cette petite garçonnière qu’un des employés de l’immeuble s’était aménagé pour se ‘‘détendre’’. Heureusement, avec le temps et même si c’est contrat se passaient toujours comme il l’avait prévu, enfin surtout pour lui, il prévoyait toujours une alternative à son évacuation et depuis le temps qu’il fait ce job, c’est la première fois qu’il en a besoin. Gabin fouille dans son sac, en sort une grenade lacrymogène et compte sur sa bonne étoile en espérant que le snipper dans face n’est pas encore eu le temps de prendre sa position. Gabin se précipite vers l’ouverture par laquelle il est monté, jette la grenade lacrymogène à l’intérieur et ferme le skidôme, espérant ainsi, ralentir la progression des gens qui montent dans l’édifice ; il les entend, déjà, hurler dans la cage d’escalier. Gabin pénètre dans la cabane de chantier et condamne la porte derrière lui. Son cœur bas à cent à l’heure, Gabin prend un instant pour récupérer en repensant à son tir d’une précision millimétré.

 

Posté depuis le matin, Gabin s’imprégnait du lieu, de l’atmosphère, des odeurs, du brouhaha. La porte de l’immeuble d’où aller sortir son contrat, se trouvait à quatre cent cinquante cinq mètres exactement. Sa fenêtre de tir est d’environ quinze seconds, le temps que son contrat sorte de l’édifice et monte dans une voiture qui doit l’emmener au tribunal. Un cordon de sécurité de gendarmes empêchent les badauds de s’approcher trop prêt ; tant mieux. La voiture s’est garée juste devant l’immeuble, Gabin jauge la vitesse du vent, il ne met pas tout de suite le doigt sur la gâchette et reste concentré, pas même par ce corbeau qui vient de se poser à deux ou trois mètres de lui.

Pendant un instant il ne fait rien, juste se lisser quelques plumes.

Ce tir, il l’a fait des dizaines de fois avec toujours cent pour cent de réussite avec plus ou moins la même distance, aujourd’hui ce n’est qu’une formalité, de l’argent facile à gagner et se sera une vermine de moins parmi les hommes. Le corbeau, intrigué de voir cette humain assis derrière la corniche sans bouger, s’approche tout doucement ; Gabin ne bouge pas d’un pouce.

Le corbeau s’approche assai prêt pour mettre doucement des coups de bec sur le fusil, Gabin fait un PPPSSST entre ses lèvres pour chasser le volatil, qui n’en a que faire, croassant son mécontentement  au visage de Gabin.

Gabin se demande si ce n’est pas le signe d’un mauvais présage, parce que c’est bien connu ces volatils sont connus pour être des oiseaux de mauvais augures. Il y a du mouvement devant la porte de l’immeuble d’où doit sortir sa cible, les badauds sont séparés en deux groupes retenus par un cordon de gendarme de chaque côté d’un couloir pour que son contrat puisse sortir facilement. D’un côté se trouvaient les pros et de l’autre les antis qui s’insultaient allègrement et sans ménagement, faisant le bonheur des journalistes venus sur place couvrir l’actualité ; quelqu’un s’apprête à sortir de l’immeuble.

Le corbeau n’en démord pas, sa curiosité le mène sur le bras de Gabin. Gabin, pour se protéger du soleil, avait placé sur sa tête une casquette dont la visière protégé sa nuque et le corbeau, toujours intrigué par cet humain planté sur ce toit et qui ne bougeait pas d’un pouce, poursuivait son inspection en voulant enlever la casquette. Gabin légèrement excédé essayait d’attraper le volatil, qui pris peur en croassant bruyamment tout en s’éloignant. Gabin n’avait pas quitté son objectif un seul instant, sent que le moment est imminent. Les badauds sont de plus en plus colères et énervés, vociférant encore plus leur légitimité à défendre leurs opinions à grand coup d’insultes et d’injures. Une personne sort sur le trottoir, suivi de prêt de deux policiers et aussitôt de sa cible. Pendant quelques seconds la cible est abritée par un des deux policiers trop prêts de lui. Gabin ne se décourage pas, il met le doigt sur la gâchette est attend le bon moment. La balle va filler à neuf cent mètre second, à cette distance, la balle ne mettra pas une seconde pour atteindre sa cible quand Gabin appuiera sur la détente. Il observe la scène attendant le moment propice. La cible est presque arrivé à la voiture est Gabin entend le corbeau se poser de nouveau sur le bord de la corniche à un mètre à peine. Gabin ne se souci pas du volatile attendant toujours une ouverture, quand sa cible fait une toute petite erreur ; il ralentit presque imperceptiblement pour faire un signe de la main à quelqu’un se trouvant derrière le cordon de sécurité.

 

Gabin appui sur la détente.

 

Malgré le silencieux placé sur son arme, un bruit se fait entendre ressemblant au tir d’un fusil de fête foraine. La cible s’écroule d’un seul coup sans vie et sans tête, avec la vélocité de l’impact de la balle, la tête de sa cible a explosé comme une pastèque, aspergeant quelques personnes ‘‘pro’’ se trouvant à proximité et ensuite, à cause des quatre cent cinquante cinq mètres, le bruit de la détonation se fait entendre, répercuté sur les façades des immeubles alentour bouillant ainsi la provenance du tir. Après la surprise de ce faire asperger de sang et en voyant un type sans tête baignant dans son sang, la foule se met à hurler en se sauvant dans toutes les directions à la façon d’une envolée de moineaux. Malgré cet affolement général, quelques personnes se précipitent vers la victime en brandissant leurs portables afin de filmer la scène et prendre quelques photos, avant d’être repoussé par les gendarmes.

 

Gabin sourit en repensant à cette scène, toujours assis dans son abri. Ayant repris ses esprits, il pousse quelques outils et des cartons empilés pour accéder à une cheminé.

 

Une cheminée désaffectée.

 

L’architecte de l’époque avait trouvé comme idée, et pour faire économiser de l’argent au syndique de copropriété, de construire des petits cabanons autour des cheminés, moins couteux et qui pouvaient servir aux différents techniciens, que de faire démonter ces cheminés et les conduits, occasionnant ainsi des désagréments quand aux travaux qu’au coût prescrit aux propriétaires des appartements de l’immeuble. Les conduits de cheminés étaient toujours en place et une société avait enlevé les chaudières pour les recycler. Gabin s’engouffre dans le conduit remettant en place, comme il peut, quelques outils et les cartons pour obstruer le passage permettant son évacuation, au moment ou le snipper se met en position sur l’immeuble d’en face et que les policiers arrivent enfin sur le toit, ayant bravés le gaz  lacrymogène.

 

Les policiers hurlants toujours autant, inspecte minutieusement chaque centimètre carré du toit, chaque petit cabanon, ne trouvant qu’un corbeau énervé par tant d’humain venus occuper son toit.

 

Yanic DUBOURG

Le 17 octobre 2021

Liancourt Saint Pierre

Rédigé par yanic dubourg

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